Message 17 Nov 2006, 12:28

Le Massacre d’Ispahan , 17 novembre 1387

Le Massacre d’Ispahan , 17 novembre 1387

Avant-propos :

Le "Massacre d'Ispahan" est une bataille qui voit s'affronter les troupes de Tamerlan à la population de la ville d'Ispahan, le 17 novembre 1387.

Contexte Général :

Nous sommes en novembre 1387. Tamerlan, avec ses troupes, viens de parcourir d’une seule traite 1500 kilomètres. Il arrive en vue d’Ispahan et fait dresser ses tentes à quelques distances des murailles de la ville.

L’année précédente, le roi Chah-Chudjà, avant de mourir, avait décidé d’offrir sa soumission à Tamerlan. Ensuite, il avait partagé son royaume entre deux, Ispahan et sa région à son fils, le Chah Mansur, et la ville de Chiraz à son neveu, Zaïn al-Abidin. Il avait été entendu que ses derniers se rendraient auprès de Tamerlan afin de confirmer leur ‘vassalité’.

Zaïn al- Abidin n’avait pas tenu sa promesse. Tamerlan avait attendu,puis lui avait envoyé un ambassadeur que Zaïn al-Abidin avait inutilement retenu. Pour Tamerlan, cette attitude était un affront et lui donnait un bon prétexte pour intervenir en Iran central.

Contemplant l’armée qui s’installe sous ses murs, Ispahan n’a pas vraiment peur, elle ne se sent pas responsable des écart de conduite du maître de Chiraz. De plus, Tamerlan préfère épargner les villes afin qu’elle lui paye l’impôt ( ou la rançon) qui lui assure d'échapper à la
guerre.

Préférant donc la négociation à la guerre, Tamerlan commence les pourparlers. Il sais être patient, mais il connaît le danger de l’attente. La présence d’une armée aux portes d’une grande cité assiégée crée inévitablement une grande tension.

Certes, il impose à ses troupes une discipline très stricte au combat mais il ne peut les tenir indéfiniment dans l’inaction. Son armée, composée de troupes disparates (Mongols, Türks, Turkmènes, Iraniens, mercenaires chrétiens, ....) comprend de nombreux guerriers par nature querelleurs et remuants.

Le moindre incident peut mettre le ‘feu aux poudres’. Tamerlan y veille mais plus le temps passe plus le risque grandi.

Néanmoins, à Ispahan, les tractations avancent. Les autorités sont en grande partie acquises à Tamerlan. Il reçoit le gouverneur de la ville et ses adjoints sous sa tente.
Bien vite le montant de la ‘taxe’ est fixé. Accompagné d’une escorte, Tamerlan décide de visiter la ville avec soin. Il y installe une garnison puis rentre à son camp.

La collecte de l’impôt démarre sur le champ. Elle est organisée avec ordre et méthode. Des responsables de la collecte accompagnés de gardes armés viennent percevoir les sommes demandées, quartiers par quartiers.

Tout se déroule dans un calme relatif et Ispahan respire un peu mieux.

Malheureusement, il est des incidents mineurs qui déclenchent des catastrophes et celui-ci arrive.

Alors que des soldats de Tamerlan, désœuvrés, arrogants ( et peut être ivres) déambulent dans la ville, l’un d’entre eux croise une jolie fille et se jette sur elle. La chose est assez ordinaire mais le malheur veut qu’un ‘tambour’ qui traîne par là se saisi de son instrument et bat l’alerte.

Les curieux arrivent sur les lieux et bientôt une foule nombreuse invectivent les soudards.
Soudains, la foule se déchaîne et se rue sur les soldats timourides. L’émeute se propage et le massacre s’étend. Seuls, ceux qui courent assez vite pour sortir de la ville, échappent à la vindicte populaire et à la mort.

Tamerlan ne peut tolérer aucune rébellion. Cette tuerie d’une partie de ses soldats, presque sous ses yeux et au lendemain de la signature d’un accord, il l’a ressent comme un immense affront et un défi à son autorité.

La Bataille :

Dès l’aube du 17 novembre il attaque la ville. Celle-ci n’a plus d’autre choix que de lui résister. Alors, avec la même minutie, le même ordre, la même méthode, il décide de châtier Ispahan et décrète le ‘massacre général’.

Il prescrit à chaque unité militaire de tuer sans pitié. Il leur désigne les quartiers de la ville qui leur sont attribués. Des bureaux de compte enregistre le nombre de têtes qu’on lui apporte et contrôle le chiffre à atteindre.

les soldats, tout occupés à leur macabre travail oublient de voler ou de violer (ils n’en ont pas le temps).

Certains d’entre eux, qui refusent de tuer leurs coreligionnaires musulmans innocents mais qui doivent, eux aussi, fournir leur cotât de têtes, en achètent à leurs camarades. Au début, la tête se vends 20 dinars mais bien vite, il y en a tellement que le cours s'effondre.

D’après les registres, on recueille 70.000 têtes. Suivant la coutume, Tamerlan en fait faire des pyramides tout autour de la ville. Un écrivain persan écrira qu’il en comptera 45.

Quand tout est fini, Tamerlan quitte Ispahan et se dirige vers Chiraz. La population, terrorisée, le reçois avec tous les honneurs. Magnanime, Tamerlan se contente de déporter quelques artistes et artisans vers Samarkande.

Ispahan va souffrir terriblement de ce massacre mais ne va pas disparaître. En 1393 (soit 6 ans plus tard) Tamerlan peut à nouveau exiger l’impôt.

On estime la population de la ville, avant le massacre, entre 300.000 et 500.000 habitants.
Les cités d’un demi million d’habitants n’était pas rare en Asie centrale et au Moyen Orient. Il faut savoir qu’a la même époque, Paris faisait 200.000 âmes.

Si l’on considère le chiffres de 70.000 morts comme réaliste et en sachant que les premières têtes furent celle des soldats de la ville tués pendant les combats, on peut admettre que toute la population ne fut pas exterminée.

Mais on comprends aussi le retentissement que le martyre de cette ville va avoir en Orient et le souvenir que Tamerlan va laisser de lui dans cette région.
Taidju Ba'adur, Commandant du Qöl de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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