Message 18 Déc 2009, 15:24

Le Royaume de Trébizonde

Le Royaume de Trébizonde.

Ce royaume se situait autour de la ville du même nom : Trébizonde, actuellement Trabzon ou Trapézonte en Turquie, préfecture de la province du même nom, située au bord de la mer Noire, dans la région du Pont.

Image

En 1185, l'empereur byzantin Andronic Ier Comnène est renversé par son favori Isaac II. Deux de ses petits-fils, Alexis et David, s'enfuient à Trébizonde. La ville accueille ces deux descendants impériaux.
Alexis et David instaurent leur pouvoir sur toute cette région séparée du reste de l'empire byzantin par le sultanat türk seldjoukide de Konya

En 1204, les Croisés de la quatrième croisade prennent et pillent Constantinople.

À Trébizonde, Alexis est alors proclamé par ses soldats Alexis Ier Grand Comnène “Empereur des Romains”.

Il entreprend aussitôt avec son frère David Ier des campagnes pour étendre son territoire.

Au cours d'une courte phase, David fait des conquêtes vers l'ouest et le sud aux dépens du sultanat seldjoukide.

en 1214, David perd la vie au cours de ces campagnes mais malgré sa défaite, son frère Alexis réussit à contenir les Seldjoukides et à conserver ses anciennes possessions. Il se tourne vers la mer. Il se met à construire une flotte, reconquiert les côtes de Crimée perdues par l'Empire de Nicée et conquiert la région de l'embouchure du Dniepr.

En 1243, après la défaite des Seldjoukides face aux Mongols (voir bataille de Kose Dagh) Manuel Ier, roi de Trébizonde (1235-1264) se déclare vassal des Mongols.

Après que l'Empire de Nicée ai repris Constantinople aux Croisés en 1261, Jean II de Trébizonde (1280-1298) abandonne le titre “d' Empereur des Romains” et prend celui “d'Empereur d'Anatolie et des pays d'outre-mer”.

L’État résiste aux convoitises de ses voisins, grâce à sa situation privilégiée à l'extrémité occidentale de la route de la soie.

Les souverains trébizontains, qui ne disposaient, pour se défendre, que de quelques milliers d'hommes, recrutés parmi les rudes paysans des montagnes, comptèrent donc principalement sur la diplomatie.

Ils pratiquent une politique matrimoniale active, très favorisée par l'abondance de princesses d'une beauté légendaire. Ils ne s'embarrassent pas de considérations religieuses, car ils les marient aussi bien à des chrétiens, Paléologues ou Cantacuzènes notamment qui régnèrent à Constantinople, qu’aux princes du Caucase, aux émirs de Sinope ou aux chefs Turcomans.

Mais c’est aussi grace à la richesse de son commerce que Trébizonde doit sa survie. cette richesse lui permet de payer des tribut aux puissances menaçantes, de corrompre les chefs de guerre pour lever un siège et de recruter des mercenaires pour assurer sa défense. Tamerlan par exemple, qui y fait escale en 1402, considèrent davantage Trébizonde comme un comptoir, une banque, une sorte de “Monaco pontique”, que comme un véritable Etat.

En 1315 les Génois y établissent un comptoir, assurant la prospérité de Trébizonde, dont l'influence s'étend alors à toute la mer Noire, autour de laquelle les Génois multiplient les comptoirs.

Trébizonde, profitant alors de la “Pax Mongolia” devient un petit état prospère.

Mais, depuis 1300, un danger autrement redoutable pointait à l'Est. En effet, la presque totalité de l'Asie Mineure était tombée aux mains des Turcs Osmanlis (ou Ottomans). Ils étaient originaires d'un petit émirat d'origine Seldjoukide compris entre Nicée et Dorylée et étaient, théoriquement, sous vassalité mongole.
Néanmoins, ils avait acquis leur indépendance au début du règne d'Osman Gazi le Victorieux (1299-1326) et allaient bientôt faire parler d’eux.

Au milieu du XIVème siècle, Trébizonde a à souffrir d'une agitation politique et sociale comparable à celle qui sévit à Byzance même, mais l'empire et la dynastie y survivent : les Grands Comnènes ne sont jamais chassés ni remplacés, et l'empire conserve un caractère byzantin indiscutable.

Le lien principal qui unit les Grecs de Trébizonde à Constantinople est d'ordre surtout religieux car l'Église de Trébizonde a toujours accepté de bon gré son rattachement au patriarcat de Constantinople. On peut encore voir aujourd'hui dans la montagne, au dessus de la ville, les ruines du monastère de Sumela, le "Mont Athos" pontique.

Le sultan Bayezid Ier envisageait de s'emparer de l'empire de Trébizonde, mais l'attaque de Tamerlan contre les Türks Ottomans, vaincus à la bataille d'Ankara en 1402 et les conflits de succession qui
opposent les successeurs de Bayezid donnent à l'empire pontique un sursis de plusieurs décennies.

En 1429, Jean IV Kaloyannis s'empare du trône en faisant assassiner son père Alexis IV et résiste victorieusement aux assauts de ses voisins, dont en particulier l'assaut que mène, en 1442, le sultan turc Mourad II.

La prise de Constantinople par le sultan ottoman Mehmed II en avril 1453 met fin à l’empire byzantin, dont une partie des habitants se réfugie à Trébizonde.

En 1456, le gouverneur ottoman d'Amaseia attaque Trébizonde: il ne parvient pas à entrer dans la ville, mais fait un grand nombre de prisonniers et exige de l'empereur une lourde rançon et un lourd tribut.

Jean IV tente alors de s'allier au khan des Turcomans du "Mouton Blanc", Uzun Hasan, auquel il donne sa fille en mariage. En échange, le khan s'engage à défendre personnellement Trébizonde avec tous ses hommes et toutes ses ressources.

À sa mort, en 1458, son frère David II lui succède et prend immédiatement contact avec le duc de Bourgogne Philippe le Bon et le pape Pie II.

En vain , en effet, en juin 1461, une armée ottomane attaque Sinope et ravage tout le pays pontique.
Devant les forces déployées par son adversaire Mehmed II, David II capitule le 15 août 1461.

David II fut envoyé en exil avec une partie de ses serviteurs à Andrinople, l'ancienne capitale des sultans, mais, accusé de comploter, il fut exécuté avec ses fils et son neveu le 1er novembre 1463.

En raison de la soumission volontaire de son souverain, la population grecque ne fut pas déportée.

Une partie de la noblesse de Trébizonde parvient à se faire une place dans la nouvelle Istanbul, s'intégrant aux Phanariotes.
Une autre partie se réfugie dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie.

Le peuple pontique, lui, survit sur place, soit comme minorité grecque orthodoxe (Rum) au sein de l'empire ottoman, soit en se convertissant à l'islam et en devenant turc pour ne plus payer l'impôt sur les non-musulmans, le haraç.

la région de Trébizonde restera peuplée de Grecs jusqu'à l'échange de population entre la Grèce et la Turquie en 1923.
Yousouf Ben Fida, Conseiller et Diplomate de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'.
Image