Message 07 Août 2009, 14:59

Guillaume Buchier, Orfèvre à Karakorum ( ? - 1254)

Guillaume Buchier ( ? - 1254)


Lors de son arrivée à Karakorum (1253), Rubruck Guillaume fait la rencontre improbable d’une Lorraine de Metz, Dame Pâquette, servante chez une fille du Khan, et qui a refait sa vie avec un Ruthène (Russe)

Celle-ci lui parle d'un autre français, travaillant pour le Khan et se nommant Guillaume Buchier (ou Boucher).

Voici ce que Rubruck nous en dit :

Entre autres choses, elle nous apprit qu'il y avait à Caracorum un orfèvre, nomme Guillaume et originaire de Paris. Son nom de famille est Buchier et celui de son père, Laurent Buchier. Elle croit même qu'il a un frère qui demeure sur le grand Pont et qui se nomme Roger Buchier. Elle ajouta que cet orfèvre avait avec lui un jeune homme qu'il traitait comme son fils et qui était un excellent interprète.
Mangou-Khân (Möngke Khan) avait donné à ce maître artisan trois cents iascots (c’est-a- dire trois mille marcs) et cinquante ouvriers pour fabriquer une œuvre d’art.
C'est pourquoi elle craignait qu'il ne put me confier son fils.

A la cour, on lui avait dit :

“Ceux qui viennent de votre pays ,sont de braves gens et Mangou-Khan cause volontiers avec eux”
mais leur interprète ne vaut rien.
Ce qui explique pourquoi elle se préoccupait du notre.
Alors j'écrivis à cet orfèvre pour lui annoncer notre arrivée et lui prier de nous envoyer son fils, si c'était possible. II me répondit que durant la présente lunaison il ne le pouvait pas, mais qu'à la suivante il aurait achevé son ouvrage et m’enverrait alors son fils.



Nous connaissons peu de chose à son sujet et les seuls renseignements qui sont parvenus jusqu’à nous sont ceux donnés par Rubruck.

Guillaume Buchier, qui avait tenu boutique à Paris sur le Pont au Change était parti s’installer en Hongrie. Les Mongols l'aurait fait prisonnier à Belgrade au cours de l’un de leur raid pendant la “Campagne d’Europe” de 1241.

Artisan spécialisé, il avait eu la vie sauve mais avait été déporté en Mongolie en compagnie d’autres captifs.
Plus tard, Möngke Khan, informé de ses talents, l'avait fait travailler pour son compte et avait fait de lui une sorte de ministre des Beaux-Arts.

Guillaume Buchier avaient, entre autre, confectionné pour Möngke Khan, un distributeur de boissons, une espèce d'arbre en argent flanqué de quatre lions qui laissaient filer par leurs bouches plusieurs boisons différentes ( du vin et une boisson mongole, le koumy).

Voici ce que Rubruck nous en dit :

"A l’entrée de ce palais, [...] maître Guillaume le Parisien lui fit un grand arbre en argent, aux racines duquel sont quatre lions d'argent, chacun avec un conduit, et vomissant tous du lait blanc de jument. A l’intérieur de l’arbre, quatre conduits vont jusqu’à la cime, d’où leur extrémité s’ouvre vers le bas. Sur chacun d’eux est un serpent doré dont la queue s’enroule au tronc de l’arbre. [...]
Au sommet de l’arbre il a fait un ange qui tient une trompette, et sous l’arbre un caveau où un homme peut se cacher. Un conduit interne s’élève au cœur de l’arbre jusqu’à l’ange. [...]
En dehors du palais se trouve un cellier où sont emmagasinées les boissons ; des serviteurs s’y tiennent, prêts à les distribuer quand ils entendent l’ange sonner de la trompette".


Guillaume Buchier organisera, en l'honneur des voyageurs, une petite soirée, où curieusement, tout le monde parle français : lui-même, son épouse, le fils d'un Anglais, né en Hongrie et Rubruck.

Il meurt en 1254, laissant un fils.
Che Khan, votre humble serviteur
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