Message 06 Fév 2009, 17:22

L'Arbre du Monde

L'Arbre du Monde

- Introduction :

“Arbre de Vie” ou “Arbre du Monde”, l'arbre est le symbole de la vie par excellence.

Cet arbre symbolique est figuré à toutes les époques depuis quatre mille ans et depuis un peu moins longtemps dans presque toutes les religions du monde.
Avec ses racines qui s’enfoncent profondément dans le sol et sa ramure qui sélèvent vers le ciel, l'arbre est souvent apparu comme un trait d'union entre la Terre et le Ciel, entre les hommes et les dieux, entre le visible et l'invisible, entre le chaos primordial et la connaissance.

Cette symbolique est renforcée par plusieurs faits :

- Sa station verticale, comme celle des êtres humains, a facilité l'identification (on parle toujours de la "tête" et du "pied" d'un arbre).

- Le déplacement de la sève peut être assimilée à celui du sang.

- Il rassemble en lui tous les éléments (eau, air, terre feu). En effet, ses racines sont enfoncées dans la terre avec lesquelles il puise de l'eau, ses ramures s'élèvent dans le ciel et son bois est le combustible par excellence.

- Sa longévité est apparue pour les hommes comme des symboles d'éternité, ses fruits comme des symboles de fertilité et les arbres à feuilles caduques, paraissant morts l'hiver, puis se couvrant à nouveau de feuilles au printemps comme symbole de renaissance.

De nombreuses civilisations ont vénéré les arbres et il est présent dans de nombreux mythes et religions.

À Eridu, en Mésopotamie, se dressait le Kishkanu noir, l' Arbre sacré dont les racines plongeaient jusqu'au centre du monde, dans les profondeurs du monde souterrain.

Dans la Bible, il y a deux arbres dans le jardin d'Éden.
Un arbre mentionné au début de la Genèse et qui donne l'immortalité, un autre, l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui est le fameux pommier d’Adam et Eve.
Les chrétiens ont souvent assimilé la croix du Christ avec l'arbre de vie car, comme lui, elle donne vie à l'humanité

Dans la Kabbale, un arbre représente symboliquement les Lois de l'Univers. Il peut aussi être vu comme le symbole de la Création tant du Macrocosme (L'Univers) que du Microcosme (L'Etre Humain).
Le chandelier à 7 branches pourraient en être, selon certaines interprétations, une représentation de l'arbre de la connaissance.

C'est sous un pippal (Ficus religiosa), que Gautama (ou Siddhārtha Gautama), après avoir médité durant 7 jours, eut l'illumination et sera connu du monde entier sous le nom de Bouddha.

Pour les musulmans chiites de rite ismaëlien, la Hakikat est l'état de béatitude où le mystique dépassant la réalité des apparences rejoint la Réalité Suprême.
La Hakikat est symbolisée par "un arbre nourri de la terre et de l'eau et dépassant le septième ciel".

On connaît également l’importance d’Yggdrasil, le frêne géant, dans la mythologie scandinave.

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Yggdrasil

Les Dieux vont organiser le monde autour de lui et le révélé comme l’arbre cosmique, le pilier du monde et c'est en restant pendu à une branche d'Yggdrasil, percé d'une lance, durant neuf jours et neuf nuits qu’Odin va découvrir le sens des runes.


L'Arbre Kien Mou, en Chine, est dressé au centre du monde. A son pied il n'y a ni ombre ni écho. Il possède neuf branches et neuf racines, par lesquelles il touche aux neuf cieux et aux neuf sources, séjour des morts.

“L'arbre du Monde” est également présent dans les mythologies et le folklore d’Asie nordique et de Sibérie .
Chez les Samoyeds , “l’Arbre du Monde” relie différentes réalités (le monde inférieur, notre monde et le monde supérieur). Il est également le symbole de la Terre et c’est lui qui donne au chaman samoyed son tambour et l'aide également à voyager d'un monde à l'autre. C’est le bouleau qui incarne ce pilier central.


- "L'Arbre du Monde" chez les Peuples Cavaliers :

“L’Arbre de Vie” (ou "Arbre du Monde") est très important dans les mythologies chamaniques. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver dans de nombreuses cultures nomades d’Asie centrale.


“L’Arbre de Vie” est très présent dans les mythes sarmato-alain. On le retrouve en décoration sur les diadèmes portés par les femmes. Plus ou moins stylisé, il est accompagné d’une composition d’animaux : cerf, bouc, oiseaux divers.
On le retrouve également sous forme de “Bâton de Cérémonie”. Ce sont des tiges en fer forgé d’une soixantaine de centimètre qui se termine, au sommet, par des branches perpendiculaires. Sa base pointue suppose que l’objet pouvait être planté en terre pour présider à des cérémonies.
Des candélabres de forme très semblable ont également été retrouvé dans certaines tombes sarmates.
Curieusement, les Ossètes ont utilisé des candélabres de forme très proche jusqu’au XIXème siècle.

Chez les Magyars, le monde est divisé en trois sphères. Le monde d'en haut (Felso világ) réservé aux dieux, le monde du milieu (Középso világ) où vivent les hommes et le monde d'en bas (Alsó Világ) hanté par les esprits. Au centre du monde des humains se dresse Világfa, “l’Arbre du Monde" qui traverse les trois espaces. On raconte que ses fruits sont des pommes dorées.
On retrouve, dans l'art magyar, un art décoratif appliqué aux objets quotidiens ( armes et harnachements, éléments du costume, vaisselle) à base de motifs végétaux abstraits, avec de nombreux entrelacs symbolisant sûrement “l'Arbre du Monde”.

Chez les Türks, les croyances découlant du chamanisme propose un univers conçu comme trois zones superposées : le ciel, la terre et le monde souterraine reliés par un axe cosmique, piliers sur lequel repose le ciel. L’homme doit s’intégrer à cet univers.
La montagne joue un rôle important, car elle touche les cieux, de même que le puits qui communique avec le monde souterrain et “l’Arbre du Monde” dont les branches s’élèvent vers le ciel et les racines s’enfoncent sous terre.


Nous retrouvons le même principe chez les Mongols. Le cosmos est constitué d'un ciel éternel bleu, le Tengri. Il se situe au-dessus de la Terre-Mère, en une structure verticale. Le Père des cieux domine 99 royaumes dont 55 à l'ouest et 44 à l'est. La Terre-Mère, elle, en possède 77. La totalité du monde forme un arbre cosmique dont les branches s'étendent à tous les niveaux.
Il y a des passages entre chaque niveau qui permettent au chaman de voyager d'un niveau à l'autre.

Lors de son voyage en Mongolie, Guillaume Rubruck rencontre un artisan français captif qui a construit dans le palais de Karakorum une immense fontaine en forme d’arbre que Rubruck décrit de cette manière :

“A l’entrée de ce palais, [...] maître Guillaume le Parisien lui fit un grand arbre en argent, aux racines duquel sont quatre lions d'argent, chacun avec un conduit, et vomissant tous du lait blanc de jument. A l’intérieur de l’arbre, quatre conduits vont jusqu’à la cime, d’où leur extrémité s’ouvre vers le bas. Sur chacun d’eux est un serpent doré dont la queue s’enroule au tronc de l’arbre. [...] Au sommet de l’arbre il a fait un ange qui tient une trompette, et sous l’arbre un caveau où un homme peut se cacher. Un conduit interne s’élève au cœur de l’arbre jusqu’à l’ange. [...] En dehors du palais se trouve un cellier où sont emmagasinées les boissons ; des serviteurs s’y tiennent, prêts à les distribuer quand ils entendent l’ange sonner de la trompette.”


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dessins ornementaux mongols représentant des 'arbres de vie'
Qüyildar, Chaman de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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